Je suis là, chez moi et pourtant je n'ai plus de repères, la raison est simple. Il y a cet intrus. Sa présence ne dérange que moi, je le regarde, ne comprend pas ce qu'il fait la. Je suis coincée a mi-chemin entre la frustration et la colère. Je ne bouge pas, je reste assise dans mon canapé. Les yeux fixés sur la télévision, concentrée sur le film qui passe, je bois ce que disent les personnages pour ne pas entendre ce qui se dit autour de moi. Je me coupe de la réalité, j'aimerais pouvoir plonger dans mon petit écran. Mais viens le moment fatal ou il m'adresse la paroles, il essaye d'être amical mais je suis hostile, il m'a fait sortir brutalement de la bulle dans laquelle je m'étais enfermée. Il me sourie mais je n'y vois rien d'appréciable. Mon expression est figée, même quand c'est elle qui me parle. Je la regarde le regard vide, je ne sais plus quoi penser. Elle m'a trahie, c'est elle qui l'a emmené ici, qui l'a autorisé a entrer chez moi, qui l'a fait s'assoir dans mon salon. Elle m'a pris au piège. Je n'ouvre la bouche que pour répondre aux questions qu'on me pose. Mon ton est froid, aucune émotion n'en ressort. J'hésite a me lever, la ou je suis je suis en sécurité, même si je n'y suis pas bien, là rien ne peut m'arriver. Mais après un long débat avec moi même je décide de me lever et d'aller dans ma chambre. C'est mal poli, je sais. Ce n'est pas dans ma nature d'agir comme ca pourtant. D'habitude, quand il y a des invités je reste, je fais la conversation, ou alors je les écoute parler. Mais il n'est pas un invité, c'est un intrus alors je peux me permettre cet écart. J'entre donc dans ma chambre, ferme la porte, pour me protéger de son intrusion . Ma chambre, celle que j'ai depuis toute petite, celle qui m'a vue pleurer, rire, faire des cauchemards, jouer, inviter des amis. Le seul endroit qui m'est strictement personnel, l'endroit ou j'ai mes trésors mais aussi mes secret. Je suis réconfortée, je retrouve petit à petit mes repère et je réalise enfin ce qu'il se passe. Je suis assise par terre en plein milieu et je regarde ma porte. Elle me sépare de lui, elle est mon bouclier. Je la laisse fermée jusqu'a ce qu'il parte. Je l'ouvre timidement et regarde mon salon, c'est bon il n'est plus là. Je sors hésitante et je m'assieds sur le canapé puis je fixe la chaise sur laquelle l'intrus était assit quelques minutes auparavant. Elle vient me regarde et me pose la question si prévisible : "Ca ne t'as pas dérangé qu'il vienne ?". J'aimerais répondre oui. Lui dire à quel point je me suis sentie trahie par cette intrusion autorisée. J'aimerais lui exprimer ma colère, je ne veux pas de lui chez moi, je ne l'apprécie pas, il n'a rien pour être apprécié. Il est laid; il ne parle pas correctement, son manque de conversation m'ennuie a mourir. Mais mes pensées s'arrêtent là. Elle est ma mère et ce chez moi est aussi un chez nous. De plus cette réponse est completement égoiste. Alors je me contente d'un simple "non" dépourvu de toute émotion et pourtant bien assez transparent pour qu'elle puisse y voir mon mal-être. Seulement elle ne le voit pas, le bonheur rend aveugle c'est bien vrai. Je retourne dans ma chambre mais cette fois je laisse la porte ouverte car la menace a disparu. Je savais bien que cela arriverais un jour.